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Département fédéral de la défense,
de la protection de la population et des sports

«La neutralité armée de la Suisse»

08.07.2011 | Revue militaire indépendante de Moscou

Le ministre suisse de la défense, Ueli Maurer, s’exprime sur l’armée, les femmes et son pays.

Interview: Leila Babaeva

L’interview originale est parue en russe.

 

Monsieur le Conseiller fédéral, pourriez-vous dire quelques mots sur ce qui caractérise en premier lieu l’armée suisse : par exemple, tous les hommes sont astreints au service militaire (excepté les invalides) et restent conscriptibles jusqu’à un âge avancé, prennent part régulièrement aux cours de répétition, etc.
Vous avez raison – notre modèle d’armée est unique, c’est une réalité suisse qui pourrait être comparée avec celle de la Finlande. Tout d’abord, nous avons une armée de milice. Tous les hommes déclarés aptes au service et âgés de 18 à 35 ans sont astreints au service militaire. La durée de service est de 260 jours. Les jeunes recrues pour qui faire le service militaire représente un conflit de conscience ont aujourd’hui la possibilité de faire leur service civil auprès d’institutions et d’organisations d’utilité publique, tels les maisons de retraite, les hôpitaux, etc.

Deuxièmement, nous avons un système de formation tout à fait particulière. Les obligations militaires débutent avec l’école de recrue : les soldats reçoivent les connaissances militaires de base durant les sept semaines que dure l’école de recrues, puis ils effectuent chaque année un cours de répétition de trois semaines, et ce jusqu'à ce qu'ils servent le nombre de jours requis (en principe, sept cours à effectuer, au plus tard jusqu’à la fin de l’année de leurs 34 ans révolus). Chaque année les soldats doivent aussi effectuer des exercices de tir obligatoire. Les soldats qui n’effectuent pas les tirs obligatoires doivent participer à un court pour tireurs retardataires non soldé.

Et troisièmement, nous dispensons à nos soldats une formation professionnelle en matière de conduite. Ils reçoivent ainsi une formation ciblée vers la pratique et des connaissances qui représentent une valeur ajoutée pour leur activité professionnelle future, dans l’environnement civil.

Je vais vous donner un exemple. Pendant la formation de base, nous dispensons un entraînement très intensif aux soldats, 12 heures pas jour. Pendant la nuit, des entraînements peuvent aussi avoir lieu. Nos soldats ont établi un record récemment. Nous avons participé à la construction d’un pont, et nos soldats l’ont construit en 2 semaines, tandis que les soldats anglais ont mis 5 semaines et les turques 7 semaines.

Alors, la Suisse est un pays de soldats ? Puisque tous les hommes suisses jusqu’à 35 ans sont en rang de bataille.
Je dirais plutôt que c’est notre avantage que les hommes restent dans l’armée suisse jusqu’à l’âge de 35 ans, cela signifie que nous avons dans nos rangs de vrais professionnels. Et cependant, une nouvelle catégorie de soldats apparaît : sur une base volontaire (mais pour un total ne devant pas excéder 15% des conscrits de l'année), les hommes peuvent effectuer la totalité de leurs jours de service en une fois (par contre la durée pour le service long est de 300 jours).

Quelle est la cause de la neutralité séculaire suisse ? Est-ce que cette situation va changer dans les années à venir ?
La neutralité suisse est une réalité historique. Pour l’heure, un sondage récent a démontré que les Suisses se sont prononcés une fois de plus en faveur de la neutralité. C’est ce que indique également le Rapport de sécurité 2010, publié par le Centre des études en sécurité de Zürich.

En ce cas-là, à quoi sert cette excellente armée suisse dans un pays qui n’a jamais attaqué personne mais dont le seul souci était de protéger son indépendance ?
L’objectif principal de l’armée est de garantir la sécurité et la défense du pays. A part cela, nous sommes convaincus qu’un petit pays neutre peut contribuer à la sécurité, notamment dans le domaine de l’instruction, de l’équipement et dans le cadre d’opérations internationales de promotion de la paix.

La femme dans l’armée : farce, humiliation ou mission noble ? Est-ce que les femmes sont vraiment utiles dans l’armée ?
Nous voudrions avoir plus de femmes dans notre armée, mais elles sont toujours peu nombreuses dans nos rangs. Cela est lié au rôle traditionnel dévolu aux femmes dans notre société. Les femmes sont très utiles dans l’armée, elles sont plus motivées, plus responsables et plus engagées. Le service militaire est une excellente expérience pour elles. Un bon exemple dans ce domaine est l’armée israélienne.

En Israël les femmes sont astreintes au service militaire. Vous voudriez introduire le même modèle dans les Alpes ?
La question de la conscription des femmes n’est pas à l’ordre de jour, mais ce serait une bonne idée si chacun pouvait faire quelque chose pour le bien de la société.
Il est à noter que les femmes on fait leur apparition dans l’armée suisse relativement tard, soit durant la seconde guerre mondiale.
Aujourd’hui le nombre de femmes s’accroît peu à peu dans l’armée suisse non seulement dans les troupes de conduite mais aussi, depuis 1995, dans les troupes de combat. Nous comptons 0,5% de femmes parmi les soldats, y compris des professionnelles telles que pilotes, conductrices de chars et de camions (véhicules blindées), conductrices de chiens (environ 1% pour un nombre total de 200-300 chiens) ayant pour tache d’observer et rechercher des blessés dans les avalanches. Nous avons également des cavalières patrouilleuses – nous utilisons les chevaux pour transporter l’équipement dans les régions de montagne. L’armée suisse compte aussi des femmes officiers de conduite. Je dirais que les femmes officiers sont plus engagées, elles ont l’ambition de faire une carrière dans l’armée. C’est pourquoi, aujourd’hui plus de 50% des femmes incorporées exercent une fonction de cadres dans l’armée. C’est une occasion pour elles d’acquérir une belle expérience de gouvernance qui leur sera utile dans la vie civile. J’espère que dans quelques années nous aurons la première femme général de l’armée suisse.

En russe il y a un proverbe : «c’est un général en jupe ». C’est l’image d’une femme énergique mais comique en même temps et prétendant au poste de commandant dans la société et dans la famille. Ne croyez-vous pas que les femmes vont transformer l’armé en comédie ?
Je ne le crois pas. Dans notre société les femmes militaires sont déjà très bien acceptées. C’est tout comme obtenir un diplôme d’études universitaires. Il y a vingt ans seulement l’attitude envers les femmes était différente, plus traditionnelle, je dirais. Aujourd’hui, les jeunes femmes ne rencontrent aucuns problèmes si elles veulent faire leur service militaire. Et je dois souligner que les hommes aiment avoir des femmes comme cheffes. Les femmes sont très appréciées dans l’armée suisse de nos jours.

Les films soviétiques sur la Seconde guerre mondiale ont montré l’image de la femme soldat, de la femme officier. La morale de l’art du cinéma voulait que les hommes aient honte de manquer de courage en présence de la femme commandant. Un homme qui a fait l’armée est-il un meilleur mari ?
Je dis toujours aux jeunes filles : cherchez vos fiancés parmi les soldats, vous pourrez toujours compter sur eux dans votre vie.

Quelles sont les bénéfices et les privilèges des militaires suisses ?
Nos militaires ne bénéficient d’aucun privilège, au contraire ils font souvent face à des difficultés – ils doivent interrompre leur travail et leurs études pour faire le service militaire. Durant cette période, l'employé est payé entre 80% et 100% de son salaire régulier par son employeur. Un système d'allocations pour perte de gain (Caisse de compensation) permet à la Confédération de verser à l'employeur une compensation pour les jours de service effectués par l'employé. Les personnes n'ayant pas d'employeur (par exemple les étudiants) se font directement verser le montant de cette compensation. Les soldats reçoivent également "la solde" (5 francs suisses par jour).
Le seul privilège dont bénéficient nos militaires est la reconnaissance et la gratitude de la société. Nous avons traditionnellement différentes attitudes par rapport au service militaire dans les villes et à la campagne. A la campagne l’armée est toujours très appréciée, dans les villes, elle l’est moins.

Est-ce que la Suisse va prendre part aux missions de maintien de la paix dans le futur ?
La participation de la Suisse dans les opérations de maintien de la paix est largement discutée ces derniers temps. La participation pour la Suisse à des combats pour imposer la paix est exclue, mais notre pays met à disposition de l’ONU des observateurs militaires non-armés. Aujourd’hui nous avons 220 militaires au Kosovo, et environ 60 sur d’autres sites partout dans le monde. Ce sont des spécialistes du déminage, du désarmement, ainsi que de transports spécialisés.
La Suisse prend part au sauvetage en cas de catastrophes par le biais de l’aide humanitaire de la Confédération. Et n’oublions pas que la Croix Rouge Internationale a été fondée ici en Suisse, et que son siège se trouve toujours à Genève. C’est un honneur pour nous que la Suisse soit la fondatrice du mouvement humanitaire.

Ces dernières années on discute largement dans la société la question de la réduction de l’armée suisse. Qu’est-ce qui attend au juste la garde alpestre au court terme : l’agrandissement ou la diminution de son effectif?
A présent, nous sommes en train de régler la question du nombre de soldats dans l’armée, ainsi que la question du financement. Le Conseil des Etats a déjà soutenu une augmentation du nombre de soldats, ainsi qu’un budget conséquent (actuellement 4,4 mia de francs suisses). En automne, le Conseil National va se prononcer à son tour. Je suis ravi de ce soutien des parlementaires– nous étions la seule armée en Europe qui diminuait ses effectifs. Aujourd’hui l’armée suisse compte 120 000 actifs, le Conseil fédéral a proposé 80 000 et l’Assemblée fédérale – 100 000.

 

Pour des questions concernant cette page: Communication DDPS
Dernière modification: 12.10.2011

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