«Je reste, mon poste me plaît!»
Ueli Maurer ploie sous les critiques depuis des mois et menaçait de s’en aller. Il n’en est rien, affirme le ministre de la Défense au «Matin». Il assume les économies à faire.
Ueli Maurer ploie sous les critiques depuis des mois et menaçait de s’en aller. Il n’en est rien, affirme le ministre de la Défense au «Matin». Il assume les économies à faire.
Interview : Simon Koch et Ludovic Rocchi
M. Maurer, que faites-vous encore dans votre bureau de ministre de la Défense?
Mais je suis élu en tout cas jusqu’en 2011! Et mon poste me plaît.
Vous avez pourtant récemment déclaré dans une interview que si vous n’obteniez pas davantage de moyens pour l’armée vous quitteriez votre poste. Avec le budget bloqué par vos collègues du Conseil fédéral à 4,4 milliards de francs par an, vous devriez en tirer les conclusions et partir, non?
Mes propos ont été mis en scène et surinterprétés. Je respecte le budget de travail décidé par le Conseil fédéral. Mon département a jusqu’en 2011 pour faire des propositions concrètes d’économies, puis il y aura encore tout un processus de décisions au sein du Conseil fédéral, au Parlement puis devant le peuple si un référendum est lancé. Dans deux ou trois ans, si le résultat final ne m’apparaît pas crédible, alors j’analyserai la situation et j’en tirerai les conclusions qui s’imposent.
Vous n’allez donc pas partir tout de suite. Est-ce pour bien montrer que vous restez en place que vous avez fait monter des poutres en bois et suspendre des cloches de vaches dans votre bureau?
Non, l’installation est bon marché et elle est démontable (rires). C’est mon chauffeur, paysan de l’Emmental, qui a eu l’idée de ce montage en bois. Si j’ai eu envie de ces cloches et de ces statuettes de vaches dans mon bureau, c’est simplement parce que mon cœur reste attaché à la paysannerie, d’où je viens.
Plusieurs de vos collègues ont profité des élections complémentaires au Conseil fédéral pour changer de département. N’y avez-vous pas aussi songé, alors que vous apparaissez bloqué sur le dossier de l’armée?
J’y ai pensé pendant deux minutes seulement! Mais je trouve que dans un système de gouvernement où l’administration est très forte il est important d’assurer une certaine continuité dans la direction politique d’un département.
Christoph Blocher a dit que vous aviez plongé dans un milieu de requins en reprenant le Département de la défense il y a moins de deux ans. Avez-vous réussi à apprivoiser les requins?
Je reste très pragmatique. Tant au sein de l’armée que du monde politique, beaucoup de gens ont fini par perdre la vue d’ensemble à force d’empiler les réformes sans les mener à leur terme. C’est pour cela que je considère que je suis là pour réparer les pots cassés, apporter des corrections et non pas pour amener une réforme de plus.
Avec l’UDC, vous partagez une vision rétrograde de l’armée qui ne trouve pas de majorité ni à droite ni à gauche. Votre action n’est-elle pas vouée à l’échec?
Il faut arrêter avec cette fausse image. Je ne veux pas d’une armée à grand-papa et mon parti non plus. Nous voulons tous moderniser notre défense. La seule différence éventuelle concerne la coopération et l’engagement militaire à l’étranger que mon parti conteste.
La modernisation, c’est par exemple abandonner nos chars, chers et inutiles?
Là aussi, j’ai été mal compris. Je ne veux pas envoyer nos chars Leopard à la casse. Je dis simplement qu’il faudra oser se poser la question de leur remplacement ou non dans vingt ou trente ans, quand ils seront en bout de course. Faudra-t-il passer à un autre type d’artillerie, genre lance-missiles? Voilà les questions pour le futur.
En fait, vous changez souvent d’avis et vous reportez toujours les décisions à plus tard. C’est ce qu’on vous reproche jusque dans votre parti, notamment au sujet du gel de l’achat de nouveaux avions de combat…
Ce n’est pas à moi qu’il faut reprocher de slalomer. Huit mois seulement après mon entrée au gouvernement, j’ai averti mes collègues que nous n’avions pas assez d’argent pour poursuivre le programme d’acquisition de nouveaux jets militaires. C’est le Conseil fédéral qui a mis plus d’une année à se ranger à cette analyse et à accepter de reporter l’achat à des jours meilleurs.
Vous allez devoir réduire l’armée à 80 000 hommes et réaliser des économies alors que vous vouliez davantage d’argent. Assumez-vous ce rôle?
Au Moyen Age, on coupait la tête aux messagers qui apportaient de mauvaises nouvelles. Aujourd’hui, c’est moi l’oiseau de mauvais augure. On ne me coupe pas la tête mais on m’attaque. Je peux vivre avec cela! Et j’assume de dire qu’avec un budget de 4,4 milliards l’armée ne pourra plus jouer le même rôle social et de soutien économique aux régions du pays.
Vous pouvez être plus précis?
Il va falloir remettre en question toutes sortes de prestations que l’armée offre chaque jour sur son propre budget et qui ne sont pas sa mission première de sécurité, tels le soutien aux manifestations sportives ou le secours en montagne.
Mais vous allez surtout devoir économiser au sein même de l’armée?
Oui, nous avons trois principales pistes d’économies. Au niveau des infrastructures, tout d’abord. Nous avons déjà fait passer notre immense parc immobilier de 26 000 à 14 000 objets. Il faudra encore réduire. Actuellement, nous estimons pouvoir vendre encore un millier d’objets immobiliers. D’autres devront être détruits. Ensuite, il faudra revoir à la baisse les standards de notre armement, notamment leur compatibilité avec l’étranger qui coûte cher. Enfin, plusieurs milliers de places de travail vont devoir disparaître, mais sur la durée, pas d’un seul coup.
Mais je suis élu en tout cas jusqu’en 2011! Et mon poste me plaît.
Vous avez pourtant récemment déclaré dans une interview que si vous n’obteniez pas davantage de moyens pour l’armée vous quitteriez votre poste. Avec le budget bloqué par vos collègues du Conseil fédéral à 4,4 milliards de francs par an, vous devriez en tirer les conclusions et partir, non?
Mes propos ont été mis en scène et surinterprétés. Je respecte le budget de travail décidé par le Conseil fédéral. Mon département a jusqu’en 2011 pour faire des propositions concrètes d’économies, puis il y aura encore tout un processus de décisions au sein du Conseil fédéral, au Parlement puis devant le peuple si un référendum est lancé. Dans deux ou trois ans, si le résultat final ne m’apparaît pas crédible, alors j’analyserai la situation et j’en tirerai les conclusions qui s’imposent.
Vous n’allez donc pas partir tout de suite. Est-ce pour bien montrer que vous restez en place que vous avez fait monter des poutres en bois et suspendre des cloches de vaches dans votre bureau?
Non, l’installation est bon marché et elle est démontable (rires). C’est mon chauffeur, paysan de l’Emmental, qui a eu l’idée de ce montage en bois. Si j’ai eu envie de ces cloches et de ces statuettes de vaches dans mon bureau, c’est simplement parce que mon cœur reste attaché à la paysannerie, d’où je viens.
Plusieurs de vos collègues ont profité des élections complémentaires au Conseil fédéral pour changer de département. N’y avez-vous pas aussi songé, alors que vous apparaissez bloqué sur le dossier de l’armée?
J’y ai pensé pendant deux minutes seulement! Mais je trouve que dans un système de gouvernement où l’administration est très forte il est important d’assurer une certaine continuité dans la direction politique d’un département.
Christoph Blocher a dit que vous aviez plongé dans un milieu de requins en reprenant le Département de la défense il y a moins de deux ans. Avez-vous réussi à apprivoiser les requins?
Je reste très pragmatique. Tant au sein de l’armée que du monde politique, beaucoup de gens ont fini par perdre la vue d’ensemble à force d’empiler les réformes sans les mener à leur terme. C’est pour cela que je considère que je suis là pour réparer les pots cassés, apporter des corrections et non pas pour amener une réforme de plus.
Avec l’UDC, vous partagez une vision rétrograde de l’armée qui ne trouve pas de majorité ni à droite ni à gauche. Votre action n’est-elle pas vouée à l’échec?
Il faut arrêter avec cette fausse image. Je ne veux pas d’une armée à grand-papa et mon parti non plus. Nous voulons tous moderniser notre défense. La seule différence éventuelle concerne la coopération et l’engagement militaire à l’étranger que mon parti conteste.
La modernisation, c’est par exemple abandonner nos chars, chers et inutiles?
Là aussi, j’ai été mal compris. Je ne veux pas envoyer nos chars Leopard à la casse. Je dis simplement qu’il faudra oser se poser la question de leur remplacement ou non dans vingt ou trente ans, quand ils seront en bout de course. Faudra-t-il passer à un autre type d’artillerie, genre lance-missiles? Voilà les questions pour le futur.
En fait, vous changez souvent d’avis et vous reportez toujours les décisions à plus tard. C’est ce qu’on vous reproche jusque dans votre parti, notamment au sujet du gel de l’achat de nouveaux avions de combat…
Ce n’est pas à moi qu’il faut reprocher de slalomer. Huit mois seulement après mon entrée au gouvernement, j’ai averti mes collègues que nous n’avions pas assez d’argent pour poursuivre le programme d’acquisition de nouveaux jets militaires. C’est le Conseil fédéral qui a mis plus d’une année à se ranger à cette analyse et à accepter de reporter l’achat à des jours meilleurs.
Vous allez devoir réduire l’armée à 80 000 hommes et réaliser des économies alors que vous vouliez davantage d’argent. Assumez-vous ce rôle?
Au Moyen Age, on coupait la tête aux messagers qui apportaient de mauvaises nouvelles. Aujourd’hui, c’est moi l’oiseau de mauvais augure. On ne me coupe pas la tête mais on m’attaque. Je peux vivre avec cela! Et j’assume de dire qu’avec un budget de 4,4 milliards l’armée ne pourra plus jouer le même rôle social et de soutien économique aux régions du pays.
Vous pouvez être plus précis?
Il va falloir remettre en question toutes sortes de prestations que l’armée offre chaque jour sur son propre budget et qui ne sont pas sa mission première de sécurité, tels le soutien aux manifestations sportives ou le secours en montagne.
Mais vous allez surtout devoir économiser au sein même de l’armée?
Oui, nous avons trois principales pistes d’économies. Au niveau des infrastructures, tout d’abord. Nous avons déjà fait passer notre immense parc immobilier de 26 000 à 14 000 objets. Il faudra encore réduire. Actuellement, nous estimons pouvoir vendre encore un millier d’objets immobiliers. D’autres devront être détruits. Ensuite, il faudra revoir à la baisse les standards de notre armement, notamment leur compatibilité avec l’étranger qui coûte cher. Enfin, plusieurs milliers de places de travail vont devoir disparaître, mais sur la durée, pas d’un seul coup.
Cyber-guerre: «Nous sommes les meilleurs»
L’armée peut-elle défendre la Suisse contre une attaque informatique?
Les systèmes informatiques de l’armée suisse sont de loin les mieux protégés du monde. Nous avons commencé très tôt à nous en préoccuper. Dans les semaines à venir, je vais d’ailleurs soumettre au Conseil fédéral un plan d’action pour faire partager le savoir-faire de l’armée dans la cyber-défense avec l’administration ou encore les hautes écoles du pays.
L’Europe est en état d’alerte terroriste. Avez-vous renforcé les mesures de sécurité pour le Sommet de la francophonie à Montreux?
Il n’y a pas d’indices concrets sur des attentats imminents en Suisse ou en Europe. Nous avons un peu augmenté notre dispositif à Montreux, sans pour autant chambouler le plan de sécurité.
Les jeunes PDC proposent de rendre le service militaire obligatoire pour les femmes. Est-ce une bonne idée?
Cela n’a aucun sens avec une armée réduite à 80 000 soldats. Par contre, à l’horizon 2020-2025, on pourrait imaginer un service d’une année, obligatoire pour tous les jeunes citoyens, hommes ou femmes.
Les systèmes informatiques de l’armée suisse sont de loin les mieux protégés du monde. Nous avons commencé très tôt à nous en préoccuper. Dans les semaines à venir, je vais d’ailleurs soumettre au Conseil fédéral un plan d’action pour faire partager le savoir-faire de l’armée dans la cyber-défense avec l’administration ou encore les hautes écoles du pays.
L’Europe est en état d’alerte terroriste. Avez-vous renforcé les mesures de sécurité pour le Sommet de la francophonie à Montreux?
Il n’y a pas d’indices concrets sur des attentats imminents en Suisse ou en Europe. Nous avons un peu augmenté notre dispositif à Montreux, sans pour autant chambouler le plan de sécurité.
Les jeunes PDC proposent de rendre le service militaire obligatoire pour les femmes. Est-ce une bonne idée?
Cela n’a aucun sens avec une armée réduite à 80 000 soldats. Par contre, à l’horizon 2020-2025, on pourrait imaginer un service d’une année, obligatoire pour tous les jeunes citoyens, hommes ou femmes.
