«Ueli Maurer, le paternaliste»
13.03.2011 | FEMINAUeli Maurer, conseiller fédéral UDC, n’y va pas avec le dos de la cuillère. «La femme à la maison, c’est une bonne décision pour les enfants», affirme-t-il en substance, raflant ainsi la palme du machisme helvétique. Cet ultraconservatisme est-il sans appel? Rencontre dans son bureau à Berne.
Interview: Adélita Genoud
La place des femmes est-elle vraiment à la maison, vous persistez et signez?
Cette déclaration s’appliquait à ma propre famille. J’admets quel’on peut défendre des valeurs différentes et se tourner vers d’autres solutions. Cependant, je trouve que notre société a le devoir de protéger les plus faibles. Et je pense que la femme est la plus compétente pour s’occuper des enfants dans leurs jeunes années. C’est dans l’ordre des choses.
Les hommes ne sont-ils pas capables de prendre en charge les jeunes enfants?
Jusqu’àl’âge de12 ans, je maintiens que la mère est plus apte.
Vous avez six enfants, vous n’intervenez donc pas dans leur éducation?
Au contraire. Ma femme m’a dit: «A la maison, tu n’es plus le politicien, tu es le mari et le père». Alors, je me suis beaucoup occupé des devoirs de mes enfants quand ils étaient petits. Et j’ai passé beaucoup de temps à leur lire des contes.
Et les tâches ménagères, vous mettez la main à la pâte?
Bien sûr. Je fais les courses et la lessive. Et puis j’aime bien préparer les repas avec mes filles et mes fils car c’est un moment d’échanges privilégié. Ah j’oubliais, je passe aussi l’aspirateur.
L’homme idéal en somme? Mais revenons au rôle des femmes. Vous citez Christiane Brunner et Ursula Koch comme exemplaires. Les femmes sont donc aussi aptes à faire de la politique?
Certes. D’une manière générale, les femmes sont plus tenaces et plus consciencieuses que les hommes. En politique, elles ne se lancent jamais sans être préparées à 100%, les hommes sont moins scrupuleux.
Dans votre parti, les femmes ne sont ni très nombreuses ni très visibles, c’est principalement le cas en Suisse romande?
Les femmes assument moins bien que les hommes le fait d’appartenir à l’UDC. Vous savez que nous sommes encore apparentés au diable. Mais d’ici à dix ans, les rangs féminins de l’UDC vont gonfler.
Votre credo: la garde des enfants relève du privé, pas du public. Ce système prétérite certaines femmes (celles qui n’ont ni ressources financières, ni familles)?
Pour une femme, c’est une chance de rester dans son foyer pour élever ses enfants. Et puis, je pense que ce n’est pas à la collectivité publique de supporter les coûts pour la garde des enfants.
Pensez-vous que les hommes et les femmes sont égaux?
Heureusement qu’il y a des différences qui me séduisent d’ailleurs (coup d’oeil malicieux). Avec le temps, les particularités de genre s’effacent. Mon premier passage aux urnes, il y a quarante ans concernait le vote des femmes.
Et alors?
Je me suis prononcé en faveur du vote des femmes. Alors que ma mère m’avait dit: «si tu dis oui, je ne te prépare plus de petits plats».
Combien de femmes dans votre dicastère?
1625, soit 13,2%.
Travailler avec des femmes, même si elles sont peu nombreuses dans votre département, est un casse-tête ou une bénédiction?
Une bénédiction. Elles travaillent à 120%. Elles se sentent toujours obligées d’en faire plus.
Les Bureaux de l’égalité sont-ils nécessaires ou inutiles?
Nous n’en avons pas besoin. Mes filles, qui sont âgées d’une vingtaine d’années, et leurs amies, disent que ces institutions sont obsolètes.
L’égalité entre les genres n’est pas encore acquise, les disparités de salaires par exemple sont importantes?
Oui, mais ce ne sont pas les Bureaux qui peuvent corriger ces écarts. Les changements sont en train de se faire dans notre société.
Lors de la campagne sur la votation contre les armes à la maison, vous aviez notamment relevé que les femmes étaient favorables à l’initiative car elles ne savaient pas manier une arme. Puis-je vous faire une démonstration?
(Un ange passe). J’ai été mal compris. Je voulais dire que les hommes étant plus nombreux à accomplir leur service militaire, ils avaient moins d’appréhension vis-à-vis des armes. C’est comme si vous utilisez une machine automatique pour l’achat d’un billet de train, la première fois, vous êtes un peu tendu car vous ne maîtrisez pas le mode d’emploi.
Quelle Suissesse admirez-vous le plus?
Ma mère. Elle était toujours très attentionnée avec chacun de ses cinq enfants. C’était une paysanne mais elle nous a toujours poussés à la lecture. Et puis, à 84 ans, elle suit toujours la politique, parfois elle en sait davantage que moi sur certains dossiers.
