Modernisation des forces terrestres

Modernisierung der Bodentruppen

Aperçu

La réalisation du projet DEVA (Développement de l’armée), lancée début 2018, vise à adapter la structure de l’armée à la menace actuelle et à moyen terme. La prochaine étape sera le renouvellement des moyens dont la Suisse dispose pour se défendre contre une menace aérienne. En parallèle, on procèdera au renforcement progressif de la cyberdéfense. Mais il faudra également moderniser les forces terrestres d’ici dix à quinze ans, d’où la décision de principe prise par le Conseil fédéral le 15 mai 2019 : les capacités de l’armée seront choisies en fonction d’une menace hybride, tant sous l’angle de l’appui aux autorités civiles que sous celui de la défense dans le cadre d’un conflit armé. La préférence sera donnée à des systèmes plus mobiles, polyvalents et standard pour les formations d’engagement. La décision du Conseil fédéral se fonde sur le rapport « Avenir des forces terrestres » établi par le DDPS.

Financement par le budget de l’armée

La voie choisie par le Conseil fédéral pour les forces terrestres requiert un investissement de l’ordre de 5,5 à 6 milliards, ce qui peut être mis en œuvre par les seuls moyens financiers déjà prévus pour l’armée. L’intention est d’harmoniser la modernisation des forces terrestres et le renouvellement des moyens de protection de l’espace aérien (Air2030). Le mode de financement est conforme aux décisions prises concernant une modernisation financée par le budget de l’armée. Pour les années 2023 à 2032, l’estimation est d’un milliard et demi par année, chiffre couvrant les deux volets (Air2030 et forces terrestres). Un montant d’un milliard environ par année a déjà été prévu au budget pour ce type d’investissement. Le Conseil fédéral a prévu un taux de croissance réel de 1,4 % par an pour combler la lacune de financement.

 

FAQ

Décisions du Conseil fédéral

Le 15 mai 2019, le Conseil fédéral a chargé le DDPS de procéder à la modernisation des forces terrestres en coordination avec le renouvellement des moyens de défense aérienne, et selon les principes suivants. Les capacités de l’armée seront choisies en fonction d’une menace hybride, tant sous l’angle de l’appui aux autorités civiles que sous celui de la défense dans le cadre d’un conflit armé. La préférence sera donnée à des systèmes plus mobiles, polyvalents et standard pour les formations d’engagement. L’avantage est que l’accent est placé sur les capacités indispensables en cas de conflit hybride. Les forces terrestres seront par conséquent mieux préparées à un engagement en zone urbaine, typique pour la Suisse. Ce faisant, l’armée renonce cependant à une grande partie de sa capacité à assurer une défense mobile hors des axes. Le Conseil fédéral considère que ceci se justifie puisqu’on peut présumer qu’un adversaire agirait à distance – tant pour la reconnaissance que pour l’attaque – contre les formations ainsi engagées.

La voie choisie par le Conseil fédéral pour les forces terrestres requiert un investissement de l’ordre de 5,5 à 6 milliards, ce qui peut être mis en œuvre par les seuls moyens financiers déjà prévus pour l’armée. L’intention est d’harmoniser la modernisation des forces terrestres et le renouvellement des moyens de protection de l’espace aérien. Le mode de financement est conforme aux décisions prises concernant une modernisation financée par le budget de l’armée. Pour les années 2023 à 2032, l’estimation est d’un milliard et demi par année, chiffre couvrant les deux volets (Air2030 et forces terrestres). Un montant d’un milliard environ par année a déjà été prévu au budget pour ce type d’investissement. Le Conseil fédéral a prévu un taux de croissance réel de 1,4 % par an pour combler la lacune de financement. L’armée doit en outre stabiliser les charges de fonctionnement, afin que cette croissance des dépenses puisse être affectée aux investissements d’armement. Afin que ces ressources supplémentaires puissent être affectées aux seuls investissements d’armement, l’armée doit s’efforcer de stabiliser les charges de fonctionnement.

Rapport sur l’avenir des forces terrestres

Le DDPS a examiné trois options permettant de développer les forces terrestres au cours de la prochaine décennie et jusqu’au début des années 2030. Toutes ces options visent en principe un profil de capacités similaire. Les différences concernent les menaces sur lesquelles les forces terrestres sont principalement axées ainsi que la manière de mettre en place les capacités.

Avec l’option 1, les capacités seraient davantage axées sur un conflit armé interétatique. Comme aujourd’hui, l’armée conserverait toutefois aussi des capacités lui permettant de faire face de manière efficace et déterminée à des acteurs irréguliers dont le niveau est moindre que celui d’une attaque armée. En cas de conflit armé, les forces terrestres seraient en mesure d’assurer la défense sur une longue période avec une grande autonomie. Un excellent potentiel pourrait par ailleurs être atteint pour ce qui concerne l’accomplissement de tâches de protection en cas de tensions accrues. À la fin de leur durée d’utilisation, les moyens mécanisés seraient remplacés par des systèmes modernes du même type afin de conserver l’aptitude conventionnelle au combat en duel des formations mécanisées. Le grand nombre de moyens lourds accroîtrait également l’effet dissuasif face à des forces conventionnelles. Les formations prévues principalement pour des tâches de protection se verraient aussi dotées de véhicules blindés. La capacité à soutenir les autorités civiles dans le domaine de l’aide en cas de catastrophe resterait quant à elle au même niveau qu’aujourd’hui.

Cette option nécessiterait des investissements à hauteur de près de 10 milliards de francs afin de remplacer la flotte actuelle de moyens lourds par un grand nombre de nouveaux véhicules du même type, dont de nombreux véhicules spéciaux et à chenilles. Les coûts annuels d’exploitation pour les systèmes des forces terrestres (matériel de remplacement, maintenance, munitions, carburants) se monteraient alors à quelque 230 millions de francs, soit environ 25 millions de plus qu’aujourd’hui.

Avec cette option, les capacités des forces terrestres seraient davantage axées sur l’évolution de la structure des conflits. Des menaces non conventionnelles pourraient être combattues efficacement dès la phase de tensions afin d’empêcher une dégradation de la situation. Si ces efforts devaient s’avérer insuffisants, des formations modulaires pourraient rapidement passer de l’accomplissement de tâches de protection à la défense contre une attaque armée. Les forces terrestres pourraient être articulées différemment, selon les engagements, mais disposeraient, dans leur articulation de base déjà, des capacités nécessaires pour faire face à une détérioration de la situation. Par rapport à l’option 1, le degré de protection et la capacité à durer des formations lourdes seraient plus faibles face à des forces conventionnelles, en particulier lorsqu’il s’agirait de regagner de manière traditionnelle un terrain perdu. Cependant, des systèmes légers, bien protégés et, par conséquent, plus mobiles et polyvalents permettraient à l’armée d’être mieux axée sur le contexte opérationnel, ce qui aurait un effet positif tant pour l’appui aux autorités civiles en cas de tensions que pour l’accomplissement de tâches de défense lors d’un conflit armé. En revanche, on renoncerait en grande partie à la capacité de mener une défense mobile contre des forces armées conventionnelles à l’écart des routes et des chemins.

La mise en œuvre de cette option exigerait des investissements compris entre 5,5 et 6 milliards de francs afin d’uniformiser en priorité les plateformes protégées. Les charges d’exploitation annuelles pour les systèmes des forces terrestres (matériel de remplacement, maintenance, munitions, carburant) se monteraient alors à quelque 205 millions de francs, ce qui correspond au niveau actuel.

Les capacités seraient organisées de manière similaire à l’option 2 et complétées par une amélioration de la capacité à durer sous la forme d’une augmentation de l’effectif réglementaire, qui passerait de 100 000 à 120 000 militaires. Les troupes supplémentaires permettraient de réaliser des engagements plus longs ou de renforcer l’effet protecteur. L’amélioration de la performance des tâches de protection qui en découlerait serait significative notamment en cas de tensions accrues, lorsque des infrastructures critiques doivent être protégées contre des menaces non conventionnelles durant une longue période. La capacité des forces terrestres à soutenir les autorités civiles serait plus élevée qu’avec les deux autres options.

Selon l’équipement des troupes supplémentaires, deux variantes seraient possibles en termes d’investissements : l’une s’élevant à 6 à 6,5 milliards de francs si seul l’équipement personnel était prévu, l’autre à 8 à 9 milliards si du matériel de corps et des véhicules étaient également inclus. Sans cet équipement additionnel, l’accroissement de l’effectif permettrait d’augmenter uniquement la capacité à durer, alors que les troupes supplémentaires pourraient aussi être engagées pour des tâches de protection si elles étaient dotée d’un équipement complet.

Les charges d’exploitation annuelles augmenteraient en fonction du type de forces additionnelles à constituer. Elles devraient atteindre 225 millions de francs si la hausse de l’effectif vise seulement à accroître la capacité à durer, contre 300 millions si les 20 000 militaires supplémentaires sont équipés au titre de forces médianes.

Le Conseil fédéral estime que l’option 2 constitue la voie à suivre pour développer les forces terrestres d’une manière appropriée à la menace et au contexte opérationnel. L’accent serait mis avant tout sur la capacité à s’adapter, un aspect central des conflits hybrides. Sur une longue période, les coûts attendus devraient en outre permettre d’introduire des mesures de renouvellement de l’équipement au sein du reste de l’armée.

D’un point de vue militaire, le rapport considère que l’option 3 est la meilleure, parce que l’accroissement du nombre de formations par rapport à l’option 2 offre davantage de flexibilité. Le DDPS ne voit toutefois pas de raison d’accroître à nouveau l’effectif après l’avoir réduit dans le cadre du développement de l’armée (DEVA). Les bases légales permettraient toutefois de le faire en cas de nécessité.

Pour que l’armée – qui comprend les forces terrestres – puisse continuer d’accomplir ses tâches à l’avenir, elle doit être continuellement adaptée : à la menace, au contexte opérationnel, aux progrès technologiques et, bien entendu, au cadre financier et politique. L’élaboration d’un rapport sur l’avenir des forces terrestres a été rendue nécessaire en raison des trois facteurs principaux suivants.

  • La menace s’est complexifiée : les conflits actuels incluent un grand nombre d’acteurs et de formes d’action, et la frontière entre la guerre et la paix s’estompe. Les forces terrestres sont engagées à des niveaux d’intensité toujours plus variés.
  • Les forces terrestres sont de plus en plus souvent engagées dans des villes ou des agglomérations. Sur le Plateau suisse, il n’y a plus guère de place pour de grandes actions impliquant de vastes formations mécanisées, ce qui a des conséquences sur les moyens et l’organisation des forces terrestres.
  • La plupart des systèmes principaux des forces terrestres atteindront la fin de leur cycle de vie au cours des dix prochaines années. S’ils étaient mis hors service sans être remplacés, les forces terrestres perdraient pratiquement toutes leurs capacités actuelles et ne pourraient donc plus accomplir leurs tâches.
     

Pour élaborer le rapport, le chef de l’Armée a mis sur pied un groupe d’experts composé de représentants des domaines concernés au sein de l’armée, d’armasuisse et du Secrétariat général du DDPS, sous la surveillance du chef de l’État-major de l’armée et la conduite du commandant des Forces terrestres.

Les deux rapports sur l’avenir des forces terrestres et de la défense aérienne sont étroitement coordonnés et servent de base conceptuelle commune à une poursuite cohérente du DEVA au cours de la prochaine décennie.

Contrairement au rapport sur l’avenir de la défense aérienne, le rapport Avenir des forces terrestres ne porte toutefois pas sur un programme d’armement, mais montre la voie à suivre pour les projets d’acquisitions et les mesures de maintien de la valeur ou de prolongation de la durée d’utilisation destinés aux systèmes terrestres pendant les quinze prochaines années. En outre, il ne se contente pas de traiter du développement des forces terrestres, mais décrit également les nombreuses interdépendances présentes au sein du système global qu’est l’armée, en particulier les capacités liées au domaine électronique (y c. la cyberdéfense) et à l’espace aérien.

Scénarios

Dans le domaine de la politique de sécurité, la situation s’est globalement détériorée en Europe au cours des dernières années. Outre la persistance du terrorisme, la menace actuelle se caractérise principalement par ce qu’on pourrait appeler des conflits ambigus ou hybrides. Il y a encore quelques années, on distinguait généralement les conflits selon qu’ils étaient menés par des moyens et des méthodes conventionnels ou non conventionnels, entre des acteurs réguliers ou irréguliers, ou selon des procédés et des rapports de forces symétriques ou asymétriques. À l’avenir, toutes ces formes de conflit ainsi que les acteurs qui y participent devraient se combiner toujours plus souvent, rendant la menace équivoque et difficile à cerner. Par des actions ouvertes ou cachées, l’agresseur tente de déstabiliser et de paralyser un État et sa société de l’intérieur afin de pouvoir atteindre ses objectifs, si possible sans engager ouvertement des moyens militaires. Il essaie d’éviter de se confronter directement à l’armée du défenseur ; une attaque ouverte conventionnelle avec des forces militaires n’a lieu que si une défense coordonnée n’est plus redoutée ou que l’agresseur bénéficie d’un rapport de forces avantageux. En principe, tout est mis en œuvre pour que les objectifs stratégiques soient atteints sans recourir ouvertement à des moyens militaires conventionnels, ou alors seulement de façon limitée.

En cas de menace hybride, l’engagement de formations militaires régulières employant des moyens conventionnels reste une possibilité, par exemple pour produire un effet dissuasif ou emporter la décision dans le cadre d’une confrontation militaire. Des formations régulières dotées de blindés et d’artillerie peuvent ainsi se masser aux frontières et faire peser une menace supplémentaire sur un État déjà déstabilisé intérieurement par des violences graves et durables. Leur engagement peut aussi créer un fait accompli dès le début d’un conflit par le biais d’une action surprise. Par conséquent, à l’avenir aussi, les défenseurs devront disposer de capacités leur permettant de faire face à une attaque armée conventionnelle.

Les conflits modernes se déroulent non seulement au sol et dans les airs, mais aussi dans l’espace exoatmosphérique et électromagnétique, le cyberespace et – comme c’est depuis bien longtemps le cas, mais via de nouveaux canaux – l’espace de l’information. Les nouvelles formes de guerre comme les cyberattaques n’ont pas remplacé les anciennes, mais elles les complètent et les renforcent. Les forces terrestres resteront essentielles dans les conflits à venir, car elles sont souvent les seules à pouvoir emporter la décision, étant donné qu’elles sont engagées là où la population vit et travaille.

Pour les forces terrestres, un défi particulier réside dans le fait que les engagements futurs se dérouleront principalement en terrain bâti. Les surfaces construites et la densité de population de la Suisse ne cessent d’augmenter, alors que les terrains non bâtis adaptés aux actions massives de grandes formations mécanisées sont de plus en plus rares sur le Plateau. En outre, l’armée ne sert désormais plus uniquement à mener des guerres lors de conflits interétatiques, mais aussi – dans le cadre d’un appui subsidiaire aux autorités civiles – à relever des défis de politique de sécurité de moindre envergure et à fournir une assistance à la population. Dans ce contexte, les forces terrestres jouent un rôle central : elles constituent l’élément le plus visible de l’armée et sont engagées là où la population vit et travaille. Elles sont donc constamment observées par les médias, agissent dans un cadre juridique complexe et travaillent en étroite collaboration avec les forces de sécurité et de sauvetage civiles.

La promotion de la paix est une tâche importante de l’armée. Le rapport « Avenir des forces terrestres » montre comment moderniser les capacités des forces terrestres sans changer la répartition entre les tâches de l’armée ni redéfinir son profil de prestations. La modernisation des capacités profitera bien sûr également à la promotion de la paix. 

L’armée fait face à un grand nombre de défis liés au développement de ses capacités, à son organisation, à ses procédures d’engagement et à son matériel. Entre la prochaine décennie et le début des années 2030, soit pendant la période où les moyens de protection de l’espace aérien devront aussi être renouvelés, de nombreux systèmes principaux des forces terrestres atteindront la fin de leur durée d’utilisation. Les chasseurs de chars 90 devront déjà être mis hors service au cours des prochaines années, privant ainsi l’armée de ses capacités antichars de longue portée. Par la suite, les quelque 500 chars de grenadiers à roues 93 devront être retirés du service, ôtant à l’infanterie l’un de ses systèmes principaux, de même que plus de 300 véhicules d’exploration 93, système principal des formations d’exploration. Au milieu des années 2020, les obusiers blindés M109 ainsi que les obus de 15,5 cm arriveront également, comme prévu, à la fin de leur durée d’utilisation. Les systèmes de l’artillerie comprennent aussi les véhicules de transport à chenilles, qui datent des années 1960, ainsi que les chars de grenadiers M113, encore engagés dans cette arme en tant que chars de commandement et de direction des feux, de même que dans les troupes du génie comme chars de sapeurs et de déminage. L’armée dispose de plusieurs centaines d’exemplaires de ces véhicules obsolètes dont le niveau de protection n’est plus efficace. Au début des années 2030, les chars de combat 87 Leopard, système principal des troupes blindées, et peu après les chars de grenadiers 2000 – si leur utilisation est prolongée comme prévu – arriveront au terme de leur cycle de vie, tout comme près de 80 véhicules spéciaux dérivés du char de grenadier à roues Piranha. Aujourd’hui déjà, un grand nombre de ces systèmes n’ont plus qu’une faible valeur militaire et n’offriraient que des chances minimes de succès en cas de conflit armé contre un adversaire déployant des moyens modernes.

Le fait qu’un si grand nombre de systèmes principaux atteignent le terme de leur durée d’utilisation au cours de la même période pose un défi au financement du système tout entier. Cette situation offre toutefois aussi l’occasion d’axer l’ensemble du profil de capacités de l’armée sur le contexte opérationnel, qui est en pleine mutation. Il convient donc de déterminer les capacités dont l’armée devra disposer à l’avenir pour accomplir ses tâches et les systèmes qui devront être remplacés ou acquis pour que ces capacités puissent être conservées ou obtenues.

Il n’est ni possible ni judicieux de remplacer tous les systèmes qui arrivent au terme de leur durée d’utilisation. Cependant, il faut veiller à ce que les forces terrestres continuent de disposer des capacités dont elles ont besoin pour accomplir leurs tâches.

Pour éviter des lacunes de capacités, différentes mesures de maintien de la valeur ou de prolongation de la durée d’utilisation doivent être prises afin que les systèmes puissent rester en service jusqu’à ce qu’ils soient remplacés par de nouveaux systèmes qui correspondent à l’orientation donnée au système global.

Financement

Les besoins de renouvellement de l’Armée suisse totalisent environ 19 milliards de francs pour la période allant de 2023 à 2032, soit à partir du moment où il deviendra nécessaire de commencer à payer le renouvellement des moyens de protection de l’espace aérien. Avec des concessions et des économies, ce montant peut descendre à 15 milliards.

Financer toutes les acquisitions au moyen du budget ordinaire n’est pas possible. La solution choisie pour les forces terrestres − qui entraîne des dépenses d’investissement de 5,5 à 6 milliards − ainsi que le renouvellement des moyens de défense aérienne peuvent cependant être financés dans le cadre des moyens déjà prévus pour l’armée par le Conseil fédéral. L’intention est d’harmoniser la modernisation des forces terrestres et le renouvellement des moyens de protection de l’espace aérien. Le mode de financement est conforme aux décisions prises concernant une modernisation financée par le budget de l’armée. Pour les années 2023 à 2032, l’estimation est d’un milliard et demi par année, chiffre couvrant les deux volets (Air2030 et forces terrestres). Un montant d’un milliard environ par année a déjà été prévu au budget pour ce type d’investissement. Le Conseil fédéral a prévu un taux de croissance réel de 1,4 % par an pour combler la lacune de financement.

Afin que ces ressources supplémentaires puissent être affectées aux seuls investissements d’armement, l’armée doit s’efforcer de stabiliser les charges de fonctionnement.
 

Repousser au-delà de 2032 l’intégralité des projets non réalisables au cours de la prochaine décennie n’est pas une option valable. Cela engendrerait une surcharge financière qui rendrait impossibles les renouvellements nécessaires dans les années 2030. Des lacunes en matière de capacités apparaîtront également après 2032, lorsque d’autres systèmes arriveront au terme de leur durée d’utilisation, et de nouvelles capacités en phase avec les progrès technologiques mais tenant compte des exigences militaires et de la politique de sécurité devront être mises en place.

Prochaines étapes

La cheffe du DDPS fournira des informations aux Commissions de la politique de sécurité du Parlement. Ce dernier ne devra toutefois pas prendre de décision de principe. Le Conseil fédéral a chargé le DDPS de planifier le développement des forces terrestres conformément à l’option 2. Cette décision en matière d’orientation aura un impact sur les programmes d’armement des quinze prochaines années. Le Parlement devra adopter le plafond des dépenses quadriennal et le budget annuel de l’armée ainsi que les programmes d’armement annuels.

Trois étapes ayant des degrés d’importance différents sont prévues pour que les mesures de renouvellement nécessaires puissent être mises en œuvre dans le cadre financier.

Priorités de la planification des investissements sur trois phases
Phase 1 : jusqu’en 2022 Phase 2 : 2022 à 2032 Phase 3 : après 2032

Mise en œuvre du DEVA

Préparatifs visant à renouveler les moyens de protection de l’espace aérien

Renouvellement des moyens de protection de l’espace aérien

Développement de capacités de cyberdéfense

Mesures visant un maintien approprié des capacités des forces terrestres et du reste de l’armée

 Consolidation du système global
Crédits budgétaires avec incidences financières destinés au matériel d’armement, entre 0,95 et 1,2 milliard de francs par an Environ 15 milliards de francs, dont au maximum 8 milliards pour les moyens de protection de l’espace aérien et environ 7 milliards pour le reste de l’armée Plafond des dépenses non défini

Lors d’une première phase située en amont du renouvellement des moyens de protection de l’espace aérien, il s’agira de réaliser des investissements visant au maintien et au développement de ces capacités (p. ex. dans le domaine de la surveillance de l’espace aérien). En outre, des acquisitions devront être effectuées, soit parce qu’elles permettront d’atteindre le niveau d’équipement visé dans le cadre du DEVA, soit parce qu’elles ne peuvent pas être différées pour d’autres raisons.

Lors d’une deuxième phase s’étalant sur les années 2020, la cyberdéfense constituera la priorité absolue parallèlement à la protection de l’espace aérien. Le développement de capacités dans ce domaine requerra en premier lieu un accroissement du personnel plutôt que de volumineuses acquisitions. Du point de vue du matériel, il conviendra avant tout de procéder à des investissements périodiques dans le Réseau de conduite suisse et les centres de calcul, et d’acquérir du petit matériel moins important sur le plan financier.

En parallèle, il s’agira de conserver, de renouveler ou de reconstruire non seulement les nombreuses capacités des forces terrestres, mais aussi une multitude d’autres capacités tout aussi cruciales pour l’accomplissement des missions de l’armée dans son ensemble. Elles concernent notamment les domaines de la conduite, de la recherche de renseignements, de l’échange d’informations, de la guerre électronique, de la mobilité aérienne et de la logistique. À cela s’ajoutent des investissements dans l’instruction (p. ex. simulateurs et avions d’entraînement pour l’instruction des pilotes), sans oublier les munitions, qui doivent être stockées en quantités suffisantes.

En résumé, au cours de la période 2023 à 2032, l’armée devra opérer des restrictions par rapport aux besoins réels, étaler les investissements dans le temps et repousser divers projets à la troisième phase, qui commencera après 2032, une fois le renouvellement des moyens de protection de l’espace aérien achevé.

Compte tenu de l’ensemble des besoins de renouvellement de l’armée, une enveloppe d’un peu plus de 3 milliards de francs destinée à des crédits d’armement sera disponible pour le développement des forces terrestres sur la période allant de 2023 à 2032. Par conséquent, une partie des investissements de 5,5 à 6 milliards nécessaires à la concrétisation de l’option 2 ne pourront être réalisés qu’après 2032.

Pour respecter le cadre financier, le renouvellement ou la mise en place de certaines capacités devront inévitablement être réalisés après 2032, lorsque les forces terrestres disposeront à nouveau de davantage de moyens financiers. Il sera aussi nécessaire de prolonger les investissements en renouvelant par étapes les systèmes qui arriveront à la fin de leur durée d’utilisation à partir du milieu de la prochaine décennie. Des programmes de maintien de la valeur seront nécessaires pour couvrir la période entre leur retrait prévu et leur remplacement. Là où cela s’avèrera possible, il conviendra de garder certains systèmes au-delà de leur durée d’utilisation réelle, sans programme de maintien de la valeur, tout en tenant compte de l’augmentation de leurs coûts d’exploitation et de la baisse de leur efficacité. Il faudra toutefois garder à l’esprit que les systèmes d’armes modernes présentent un potentiel bien plus important que celui des systèmes obsolètes, aussi bien du point de vue des chances de succès lors d’un engagement que sur le plan économique. Dans ce contexte, il est essentiel de suivre attentivement les progrès technologiques afin d’identifier à temps d’éventuelles percées et donc de gérer avec souplesse le développement des capacités. Dans certains domaines, il peut donc valoir la peine de n’acquérir qu’un petit nombre de systèmes modernes en vue d’accumuler de l’expérience et de trouver des solutions porteuses d’avenir. Cette base peut aussi servir à préparer des acquisitions importantes.

Contrairement aux moyens de protection de l’espace aérien, les systèmes terrestres seront renouvelés sur une période d’au moins 15 ans et requerront de nombreux crédits d’armement. La planification des mesures à prendre sur une aussi longue durée nécessite une orientation claire et, compte tenu des moyens financiers limités, une priorisation des capacités devant être maintenues ou renouvelées au cours de cette période.
Le maintien et le développement des capacités pour l’établissement d’un réseau intégré de capteurs et d’effecteurs figurent au premier rang des priorités. Les capacités de conduite (y c. télécommunications) et de renseignement ainsi que la mise en réseau de ces composants avec les moyens d’action sont particulièrement importantes. Sans conduite intégrée en réseau, les forces terrestres ne peuvent pas être engagées de manière coordonnée ni produire d’effets combinés.

Les effets, et essentiellement le feu, constituent la priorité suivante. Les forces terrestres doivent pouvoir agir avec discernement dans un environnement complexe. En d’autres termes, elles doivent pouvoir combattre un adversaire à l’aide d’un feu précis à des distances variables, tout en évitant les dommages collatéraux.

Au troisième rang figurent la protection et la mobilité : les forces terrestres doivent être en mesure de manœuvrer au sein de leur secteur d’engagement. La mobilité peut compenser partiellement une protection limitée. Par conséquent, toutes les formations n’ont pas besoin d’un effet protecteur important contre les actions directes. Ainsi, les troupes engagées pour des tâches de protection ou des patrouilles dans un environnement civil peuvent être dotées d’une protection balistique réduite sans que cela les expose à des risques inacceptables.

Si le taux de croissance annuel réel s’avérait inférieur à 1,4 % ou que des économies devaient être réalisées sur la période concernée (p. ex. adoption de mesures d’économies en lien avec une situation tendue au niveau des finances fédérales), des concessions plus importantes devraient être consenties, avec les conséquences négatives que cela implique sur le profil des capacités de l’armée et donc sur ses performances.

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Conférence de presse du Conseil fédéral du 16 mai 2019 : Air2030 et modernisation forces terrestres