«L’armée offre bien plus de place pour la créativité qu’on ne l’imagine»
Sara Affolter travaille comme photographe aux Médias numériques de l’armée (MNA). Pourquoi chaque journée est pour elle une nouvelle aventure, comment son travail lui permet aussi de s’engager en faveur de la protection des animaux et pourquoi elle peut donner des instructions au Conseiller fédéral: cette jeune femme de 29 ans, originaire de Lohn-Ammannsegg, nous l’explique dans cet entretien.
Série d’interviews «Les visages du DDPS»
Le DDPS emploie plus de 12'000 personnes, qui exercent quelque 200 métiers différents. Dans une série informelle, des collaboratrices et des collaborateurs issus de domaines très variés et occupant des fonctions diverses nous parlent de leur parcours et de leur travail.
Communication DDPS, Tanja Rutti
Sara Affolter, vous travaillez comme photographe aux MNA. Pouvez-vous nous présenter brièvement vos principales tâches?
Mon travail consiste à documenter ce qui se passe à l’armée et au DDPS, de plus en plus souvent non seulement au moyen de photos, mais aussi de vidéos. Les mandats sont extrêmement variés: ils vont de l’accompagnement du chef de l’Armée ou de membres du Conseil fédéral lors de visites officielles aux photos de groupe, en passant par la documentation photographique d’exercices de la troupe.
Depuis quand travaillez-vous au DDPS et comment avez-vous obtenu ce poste aux MNA?
Pendant mes études, de 2021 à 2024, j’ai travaillé à swisstopo dans le domaine de la numérisation des photographies aériennes. J’y ai notamment mis en place un système de reproduction permettant de numériser des photographies aériennes analogiques. Durant cette période, j’étais en contact avec les MNA. La diversité du travail et le large éventail de tâches m’avaient beaucoup attirée. Lorsqu’un poste s’est libéré, j’ai donc posé ma candidature et j’ai été engagée.
Quel a été votre parcours et quel métier avez-vous appris?
J’ai d’abord suivi un apprentissage de trois ans de spécialiste en photographie CFC, orientation Finishing. J’ai ensuite travaillé dans un laboratoire photo argentique ainsi que dans d’autres commerces spécialisés en photographie. Comme je souhaitais approfondir mes connaissances dans ce domaine, j’ai suivi la formation de l’École supérieure de photographie à l’École d’arts visuels de Berne. Pendant mes études, j’ai eu l’occasion de participer à deux reprises au Canon Student Development Programme, qui sélectionne et soutient chaque année 100 étudiants dans le monde.
Vous travaillez à 70% aux MNA et exercez parallèlement une activité indépendante. Que pensez-vous de cette répartition?
Elle est enrichissante et stimulante. Les engagements pour les MNA ont toujours la priorité. J’organise ensuite mes mandats et mes projets indépendants autour de ceux-ci.
Cela n’est-il pas trop éprouvant?
Oui, c’est vrai, mais ce modèle d’emploi présente aussi de nombreux avantages. D’un côté, il offre la sécurité d’un emploi fixe; de l’autre, il laisse suffisamment de liberté pour réaliser ses propres projets. Les MNA en profitent également. Ils ont besoin d’excellents professionnels, et nombre des photographes qui réussissent le mieux exercent aussi une activité indépendante et sont très demandés.
Une journée de travail peut tout à fait durer 14 heures, voire davantage.
À quoi peut ressembler l’une de vos journées de travail?
Chez nous, les journées se ressemblent rarement. Les engagements ont souvent lieu tôt le matin, tard le soir ou parfois le week-end. Lors de grands événements comme le WEF, nous travaillons pendant plusieurs jours presque exclusivement pour les MNA. Chaque mandat commence par une planification minutieuse: je détermine les besoins en matériel visuel, organise l’engagement et prépare l’équipement approprié – selon le mandat, cela va du simple sac à dos au véhicule d’engagement chargé à bloc. Après l’engagement, les données sont sauvegardées, le matériel est remis en état et les images sont traitées, envoyées ou préparées pour l’impression. Une journée de travail peut ainsi tout à fait durer 14 heures, voire davantage.
Les photographes sont des personnes très créatives. Les engagements pour l’armée vous permettent-ils d’exprimer cette créativité?
On imagine souvent que l’armée impose des règles strictes aux photographes et que notre marge de manœuvre est très limitée. Pourtant, l’armée nous accorde une grande confiance, nous laisse notre liberté artistique et nous permet aussi d’oser certaines choses. Bien sûr, il y a aussi des mandats standard, comme les portraits, les photos d’identité ou les photos de poignées de main, mais cela fait partie du métier. En règle générale, les mandants sont très ouverts aux idées et aux propositions. À l’armée, il y a bien plus de place pour la créativité qu’on ne le pense. (rires)
Quels engagements appréciez-vous particulièrement ? Y a-t-il une expérience qui vous a spécialement marquée?
J’aime tout ce qui offre du dynamisme et de l’action: les reportages, les exercices de la troupe ou les productions d’images de grande ampleur. Les plus beaux moments sont ceux où, à la fin, tout s’accorde parfaitement: le sujet, la lumière et l’ambiance. Je me souviens notamment d’une séance photo au coucher du soleil avec l’escadrille 11 devant un F/A-18 sur l’aérodrome de Meiringen. De telles images sont rares et sont aussi quelque chose de particulier pour nous.
Pratiquement chaque semaine réserve une nouvelle aventure.
Vous devez certainement vous rendre dans les endroits les plus insolites?
Nos engagements nous conduisent dans tous les endroits possibles et imaginables: dans un bunker destiné aux explosifs, dans une centrale nucléaire, au Palais fédéral, au WEF, sur des bases aériennes, dans les galeries de Mitholz ou encore dans un char. Pratiquement chaque semaine réserve une nouvelle aventure. Un jour, j’accompagne une cérémonie internationale de remise de diplômes réunissant des militaires étrangers; le lendemain, je documente un exercice de la troupe sur le terrain. Tantôt je me déplace en costume au Palais fédéral, tantôt je porte des vêtements de chantier et des chaussures à coque en acier dans une galerie. C’est précisément cette diversité qui fait tout l’attrait de mon métier. Une vie de bureau classique ne serait vraiment pas faite pour moi.
Qu’appréciez-vous encore particulièrement dans votre métier?
Ce que je trouve particulièrement fascinant dans mon métier, c’est que nos images documentent l’histoire contemporaine. Les images façonnent souvent notre perception plus fortement que les mots et restent en mémoire. C’est précisément pour cette raison que notre travail revêt une grande importance. Mais il implique aussi une grande responsabilité, car chaque image ne montre qu’un certain angle de vue. Dans les situations de crise ou de conflit notamment, les images peuvent avoir un impact considérable, aussi bien positif que négatif.
Et qu’appréciez-vous moins?
Par exemple, lorsque je rentre à minuit avec du matériel humide et que je dois encore tout faire sécher, ou lorsque j’attends six heures dans le brouillard, par des températures négatives, que le reportage puisse commencer. Mais cela fait partie des risques du métier ! (rires)
Il faut oser dire à un membre du Conseil fédéral de remettre rapidement sa chemise en place.
Quelles qualités faut-il posséder pour exercer votre métier?
Il faut faire preuve d’une grande autonomie, de fiabilité et de résistance au stress. Nous travaillons la plupart du temps seuls et assumons la responsabilité de l’ensemble du mandat – de la planification à la livraison, en passant par la réalisation. Souvent, il n’y a qu’une seule chance de saisir l’image décisive. Une fois le moment passé, il est impossible de le reproduire. Une bonne organisation, de solides connaissances professionnelles et un travail précis sont donc indispensables. Il faut aussi une certaine condition physique, car on porte souvent tout l’équipement durant toute la journée – parfois même dans des conditions météorologiques difficiles. Enfin, il faut aussi une bonne dose d’assurance. Il faut oser donner des instructions à des personnalités de haut rang. Quitte à devoir dire à un membre du Conseil fédéral de remettre rapidement sa chemise en place ! (rires)
Dans votre travail, les prises de vue par drone sont aussi de plus en plus demandées. Comment procédez-vous?
La photographie par drone est effectivement un sujet très important et nous l’utilisons fréquemment. C’est pourquoi tous les membres de notre équipe ont passé l’examen de pilote de drone. Nous disposons désormais aussi d’un large assortiment de drones.
Y a-t-il un sujet qu’il vous tient à cœur de photographier un jour?
À titre privé, j’aimerais poursuivre mon projet consacré aux animaux sauvages (voir encadré ci-dessous) à l’échelle internationale et le documenter sur différents continents. Aux MNA, j’aimerais un jour accompagner un exercice international de plusieurs jours à l’étranger. Je serais parfaitement préparée, car je sais désormais comment monter rapidement dans un char et sauter dans un Super Puma sur le point de s’envoler. (rires)
Donner une voix aux animaux
Parallèlement à son travail pour les MNA, Sara Affolter exerce aussi comme photographe indépendante et s’engage avec beaucoup de passion en faveur de la protection des animaux et de la nature. En 2022, elle a remporté le Prix d’encouragement du canton de Soleure pour la photographie, doté de 15'000 francs, ce qui lui a permis de publier son livre photo «Wegwerfware». Avec cet ouvrage, qui documente le destin d’animaux provenant de refuges et de centres d’accueil, elle a remporté le prix de la Federation of European Professional Photographers (FEP) récompensant le meilleur livre photo d’Europe en 2024.
Elle travaille actuellement sur un nouveau projet à long terme consacré aux animaux sauvages et aux conséquences des interventions humaines sur leurs habitats. La série d’images réalisée dans ce cadre a été retenue sur la liste restreinte au Global Peace Photo Award. Les œuvres sont exposées du 21 août au 27 septembre à la Haus der Fotografie (Maison de la photographie) à Olten, où Sara Affolter a remporté le Young Talent Award dans la catégorie Nature à l’occasion de PHOTOVILLE4600. Par ses photographies, Sara Affolter souhaite rendre visibles les situations problématiques et donner une voix aux animaux. Les défis sont similaires dans le monde entier: les habitats sont détruits, les animaux sauvages sont repoussés et la biodiversité subit une pression croissante. Elle souhaite donc à l’avenir poursuivre son projet à l’échelle internationale et le documenter sur différents continents. Elle sollicite actuellement des fonds de soutien internationaux à cette fin.











