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Interviews, Videos & GastartikelVeröffentlicht am 30. März 2026

«Nous devons dissuader quiconque de nous attaquer»

Guerre en Ukraine Armée de milice, armée professionnelle: le ministre de la Défense Martin Pfister s'entretient avec « Le Matin Dimanche » au sujet des différentes stratégies européennes et sur la préparation de la Suisse aux conflits.

29.03.2026 / Le Matin Dimanche, Florent Quiquerez, Varsovie

Martin Pfister, la Russie est considéré comme l’ennemi N° 1 pour la sécurité en Europe. Or, on ne parle plus que du Moyen-Orient. Est-ce un problème?
Marin Pfister : Je ne crois pas. Nous voyons très bien à quel point la situation au Moyen-Orient est compliquée. Mais en Pologne, on sent très fort qu’une guerre se déroule sur notre continent. Ce conflit entre la Russie et l’Ukraine dure depuis quatre ans. Il a profondément transformé l’Europe. La Pologne illustre ce changement: elle a renforcé son armement pour être prête. Elle protège ainsi la frontière orientale de l’Europe.

Vous étiez en Finlande et en Pologne. Lequel de ces pays a le plus peur de la Russie?
Tous deux prennent la situation très au sérieux, mais réagissent différemment. La Finlande mise sur une armée de milice avec de nombreux réservistes, tandis que la Pologne dispose d’une armée professionnelle. Avec 300’000 soldats, c’est la plus grande d’Europe et la troisième de l’OTAN derrière les USA et la Turquie.

Vous souhaitez vous inspirer de ces pays. Mais peut-on tirer des enseignements, sachant que nous n’avons pas de frontière avec la Russie et pas le même «traumatisme» avec Moscou?
Nous n’avons ni leur situation géographique ni leur passif. Par contre, il est intéressant d’écouter leur analyse de la situation et de voir comment ils s’y adaptent. Cela ne concerne pas que l’armée, mais toute la société. La guerre évolue constamment: on le voit avec l’usage des drones, mais aussi des armes à longue portée. Cette expérience peut nous servir pour préparer le cas où la Suisse serait touchée par un conflit.

La Pologne et la Finlande expliquent que leur rôle est de protéger la frontière orientale. La Suisse étant au cœur de l’Europe, ne devrait-elle pas miser sur la promotion de la paix plutôt que de se réarmer?
La Suisse est reconnue pour ses bons offices, c’est vrai. Mais on ne peut pas oublier que nous profitons des efforts des autres pour assurer la sécurité du continent. Nos partenaires européens le disent: la Suisse doit au moins être capable de protéger son territoire. C’est ce que nous cherchons à faire aujourd’hui.

On vous fait ce reproche?
Oui, c’est une perception partagée par un bon nombre de pays. Certes, la Suisse dispose d’une armée de milice avec de bons effectifs. Mais elle n’est pas assez équipée face aux nouvelles menaces: armes à longue distance, guerres hybrides ou cyberattaques.

Votre but est d’investir 0,8% de la TVA dans la défense, mais presque personne ne veut de ce projet. C’est quoi, le plan B?
La discussion ne fait que commencer. Nous menons actuellement une consultation publique, puis le Conseil fédéral enverra son message au parlement. J’attends des politiques qu’ils assument leurs responsabilités et qu’ils soient prêts à trouver des solutions. Nous n’avons plus le temps de rejeter la faute sur les autres ou de mener de longues discussions de principe. Il n’y a pas de plan B pour la sécurité. Elle est essentielle pour protéger la démocratie, l’économie et la liberté. Il peut y avoir différentes façons de la financer, mais nous ne pouvons pas faire l’impasse sur une hausse des moyens. Ce serait irresponsable de ne pas trouver de compromis sur ce dossier.

La TVA est aussi envisagée pour la 13e rente AVS. Ne faudrait-il pas coupler les deux votes pour sceller une large alliance?
Même si le mécanisme utilisé est le même, ce sont deux débats complètement distincts. Nous verrons en temps voulu s’il faut les traiter ensemble ou séparément.

Mais celui qui passe en premier a plus de chances, non?
C’est exact. Il y a aussi un enjeu de politique financière. Comme chaque changement a un coût, il faudrait idéalement regrouper toutes les nouvelles hausses de TVA au même moment.

Le Conseil fédéral aimerait investir 1% du PIB pour la défense. La Finlande vise 3%; la Pologne, 5%. Pourquoi la Suisse peine-t-elle autant?
En Suisse, nous avons la chance de pouvoir voter sur tout. Mais cela comporte aussi des défis. Le Conseil fédéral va mener la discussion avec le parlement et la population pour les sensibiliser aux menaces. Nous avons l’habitude des débats complexes. Nous devrons proposer des solutions concrètes. Au final, je suis convaincu que les citoyens comprendront qu’il vaut la peine d’investir davantage dans notre sécurité. La Finlande et la Pologne montrent qu’on peut s’unir audelà des clivages partisans.

Selon un sondage, 73% de la population pense que notre armée n’est pas prête à la protéger. Mais seuls 6% redoutent une attaque. Devrez-vous faire peur pour convaincre?
Avant la guerre en Ukraine, la majorité du parlement pensait aussi qu’il n’y avait pas de danger. Aujourd’hui, les réflexions sont différentes. Si la population constate des manquements dans la préparation de notre défense, il faudra qu’elle traduise ses inquiétudes en actes et accepte de payer davantage pour la sécurité. On peut retourner la question, mais l’un ne va pas sans l’autre.

N’est-ce pas étonnant qu’avec les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, la population se sente en sécurité? Le Conseil fédéral a-t-il échoué à alarmer ses citoyens?
Alarmer la population ne sert à rien. On peut entendre parler chaque jour de ces conflits, mais ne pas se sentir directement touché. La politique doit aborder le débat de manière rationnelle et transparente. C’est ainsi que nous pourrons convaincre.

C’est peut-être aussi que nous sommes entourés de pays amis. Franchement, quelle menace pourrait nous atteindre?
La population compte sur la neutralité pour protéger la Suisse. Mais il faut comprendre qu’elle ne fonctionne que si nous sommes capables de la défendre. C’est pour cela que notre neutralité est armée.

Posons la question autrement: faut-il craindre qu’un missile russe vise la Suisse?
C’est un scénario, même s’il paraît difficile à imaginer aujourd’hui. Mais le difficilement imaginable peut arriver. Regardez ce qui se passe au Moyen-Orient. Différents pays du Golfe sont visés par l’Iran. On ne peut pas attendre d’être directement touchés pour agir. Il faut investir maintenant et dissuader quiconque de nous attaquer. Si nous sommes préparés, le risque que quelqu’un tente quelque chose est moindre.