Aller au contenu principal

InformationsPublié le 22 août 2024

« Mieux vaut ne pas avoir deux mains gauches ! »

Marco Glanzmann travaille chez armasuisse à Emmen en tant que spécialiste de l’infrastructure d’essai en vol. Originaire de Willisau (LU), il a 49 ans. Il nous explique en quoi consiste son métier peu banal, pourquoi il se retrouve de temps en temps en plein champ au milieu de nulle part, et accessoirement pourquoi il peut être utile de faire partie d’un club.

Communication DDPS, Tanja Rutti

Marco Glanzmann, vous êtes spécialiste de l’infrastructure d’essai en vol chez armasuisse. De quoi s’agit-il ?
Tout est dans le nom : notre équipe s’occupe de l’infrastructure d’essai en vol. Cela comprend toute une série d’installations techniques, du simple appareil radio portatif au système radar le plus complexe en passant par des installations radio.

Quelles sont vos tâches quotidiennes ?
Pour pouvoir tester un avion ou toute autre plateforme volante, il faut notamment les installations techniques que je viens de mentionner. Il faut gérer les systèmes pendant les essais en vol, et assurer leur maintenance, leur entretien et leur développement avant et après les vols. Il s’agit d’effectuer les réparations, la maintenance et la calibration des systèmes de test, mais aussi d’assurer le contrôle régulier des normes de sécurité, la mise à niveau des logiciels et du matériel, et les échanges avec les fabricants de systèmes. Notre équipe prépare les données collectées après les essais en vol et les transmet aux ingénieurs d’essais en vol et aux pilotes, qui les traitent et les analysent. De même, après une réparation de systèmes aéronautiques, par exemple par Pilatus ou RUAG, on réceptionne ces plateformes militaires volantes avant de les transférer aux Forces aériennes pour qu’elles reprennent le service opérationnel. En quelque sorte, on fait le lien entre l’industrie et les Forces aériennes.

On fait le lien entre l’industrie et les Forces aériennes.

Votre travail est très varié et nécessite un grand savoir-faire technique. Quel est votre parcours ?
J’ai commencé par un apprentissage d’électricien radio/TV. Puis j’ai travaillé plusieurs années dans le service après-vente, notamment pour un spécialiste de l’électroménager, où j’ai dirigé une équipe de dix personnes. Je suis passionné d’aéromodélisme et à un moment donné, j’ai eu la chance de pouvoir en faire mon métier. Je suis devenu conseiller technique dans un magasin de modélisme.

Et comment êtes-vous arrivé au DDPS ?
Du fait de ma passion, je suis bien sûr membre d’un club d’aéromodélisme. C’est par ce biais que j’ai fait la connaissance de gens qui s’occupaient des essais en vol chez armasuisse. Ce sont eux qui m’ont parlé de ce poste de spécialiste de l’infrastructure d’essai en vol. J’ai tenté ma chance et j’ai postulé. Ma candidature a été retenue et voilà treize ans que je travaille chez armasuisse, avec de vrais avions (rires).

Comment se sont passés vos débuts chez armasuisse ?
Ce n’était pas simple. Il a fallu apprendre à disséquer des systèmes complexes et à utiliser de nouvelles techniques. Il a fallu intégrer un nombre incalculable de règles, d’abréviations, de particularités du domaine de l’aviation. Mais j’ai pu suivre des perfectionnements, internes et externes. On nous encourage beaucoup à compléter notre formation. C’est un long parcours d’apprentissage et il faut compter bien trois à quatre ans pour être à l’aise dans tous les domaines.

Si on a besoin de tout planifier, on ne va pas être heureux dans cette fonction.

Quelles conditions faut-il remplir pour exercer votre profession ?
Il faut être polyvalent sur le plan technique et à l’aise en informatique. On travaille avec plein de systèmes différents et on doit notamment s’occuper de la technique radar et de la technique de signalisation. Il faut donc un bon bagage et une bonne compréhension techniques, et mieux vaut ne pas avoir deux mains gauches (rires). Il faut aussi savoir s’adapter et saisir les occasions. Les essais en vol sont prioritaires, et les créneaux horaires sont souvent fixés au dernier moment. Si on a besoin de tout planifier, on ne va pas être heureux dans cette fonction.

Est-ce qu’il faut avoir des connaissances en mécanique en plus, comme mécanicien d’aéronef par exemple ?
Ça aide. Dans notre équipe, on a effectivement des personnes qui viennent de la mécanique aéronautique. On a aussi des ingénieurs en électrotechnique et des personnes qui ont suivi d’autres formations techniques. Au total, on est sept spécialistes de l’infrastructure d’essai en vol chez armasuisse.

Quel est votre lieu de travail ? Où passez-vous vos journées ?
C’est très variable, ça change de jour en jour. Selon les missions, je peux travailler majoritairement au bureau, sur le terrain ou dans le compartiment radar. La météo a son importance et, bien sûr, tout dépend de l’aéronef à tester, du lieu où il se trouve et du moment. On peut se retrouver en plein champ.

Il faut aussi savoir s’adapter et saisir les occasions.

Dans quel but ?
Ces engagements sont des essais en vol pour des projets comme la localisation d’un téléphone portable par hélicoptère. On nous lâche au milieu de nulle part et un Super Puma passe au-dessus de notre tête une dizaine de fois pour tester la capacité du système de l’aéronef à localiser un smartphone.

Est-ce qu’il vous arrive d’être à bord pour ces essais en vol ?
En principe, on est au sol pour appuyer l’équipe de l’aéronef, mais ça peut arriver qu’on monte à bord pour certains vols d’essai. L’équipage d’un vol d’essai comprend alors un ingénieur d’essais en vol, le pilote et un spécialiste de l’infrastructure d’essai en vol. Le plus souvent, c’est l’ingénieur qui dirige l’essai et donne ses instructions aux autres.

Un événement vous a-t-il particulièrement marqué ?
Il y a toujours du nouveau et des expériences uniques dans mon métier. Par exemple, on voyage dans différents pays pour évaluer de nouveaux systèmes. On rend visite au fabricant, on étudie les produits sur place et on propose un plan pour les tester en Suisse. Sinon, pour les vols d’essai dont je vous ai parlé, on survole les Alpes et on atterrit et on décolle dans des endroits totalement inaccessibles, en pleine neige. J’ai pu observer des aigles et des chamois dans leur milieu naturel, c’est inoubliable !